12/04/2023 17:30 - 19:00

Saint Augustin : de l’idée de la cité à celle de « société »

Marion Duvauchel, docteur en philosophie, spécialiste d’histoire des religions et d’anthropologie religieuse.

La Cité de Dieu est l’œuvre politique majeure de saint Augustin. Treize ans pour écrire cette grande fresque, cette « somme » polémique et apologétique qui se déploie selon deux volets : les grandes étapes de la cité de Dieu et la liquidation du paganisme religieux et culturel. Cette cité de Dieu, Augustin nous en montre les étapes, la cohérence et la signification spirituelle à travers les hautes figures spirituelles de l’Ancien Testament. Il n’hésite pas à mettre en correspondance les évènements de l’histoire sainte et ceux de l’histoire universelle qu’il analyse en termes de ce qu’on pourrait appeler une marche des empires. La Cité de Dieu est aussi un livre de réfutation des croyances païennes, sans rien épargner, ni personne, pas même ceux qu’il admire le plus : Platon et surtout Cicéron.

Mais remplaçons le mot « cité » par celui de « société », plus récent, plus moderne et examinons le travail d’Augustin en faisant tourner d’un coup de poignet le kaléidoscope à travers lequel nous le lisons, l’avons lu ou le lirons. Nous trouvons alors une question cachée sous les pierres de cet édifice unique : « pourquoi les hommes se constituent en société ? ». Car avant l’existence politique de la Cité, il y a celle d’une société des hommes.

La réponse de saint Augustin mérite toute notre attention, pas seulement parce qu’elle est celle d’un théologien inspiré mais parce qu’elle est très actuelle. Au XIVe siècle, Thomas d’Aquin voit et dit que la société est une œuvre de la nature et de la raison. Il revient à Augustin d’avoir vu – sans le dire – qu’elle est une œuvre de la charité. Tous deux, sans le théoriser, ont compris qu’elle est aussi l’œuvre de la liberté des hommes.

La Cité de Dieu, c’est la cité où la liberté des hommes fait alliance avec la liberté de Dieu, qui se confond avec son Amour, depuis le moment où Abraham entend la voix de la Promesse jusqu’à la Jérusalem céleste, quand toutes larmes seront effacées de nos yeux.

C’est à travers ce prisme inhabituel que nous proposons de lire cette œuvre.